Comme un poisson dans l’eau (extrait d’ Entrées libres d’octobre 2009)

Sachant qu’un homme respire 20 litres d’air par minute en surface et que la pression sous l’eau augmente d’un bar tous les 10 mètres, de combien d’autonomie disposera un plongeur équipé d’une bouteille de X litres à X mètres de fond ?

À première vue, voilà l’énoncé classique d’un problème mathématique qui l’est tout autant. Mais quand l’élève interrogé sait qu’il aura des palmes aux pieds et un détendeur en bouche dans l’heure qui suit,sa motivation en est quelque peu ravivée. Club Med ? Initiation au métier d’homme-grenouille ? Préparation d’un voyage de rhéto sous les tropiques ?
Rien de tout cela ! S’il s’agit bien de plongée, celle-ci occupe une place de choix dans la grille horaire des élèves de 1re S du Lycée Maria Assumpta. « L’idée de créer une option « plongée » dans le cadre cadre d’un projet GCPP (1), est née il y a 3 ans, lors d’une discussion avec le directeur sur le redoublement, explique Étienne Mayenez, professeur de latin, français et histoire. Plutôt que de donner une portion supplémentaire d’épinards à un enfant qui ne les aime pas - ce qui est un peu à l’image du redoublement -, l’idée était ici de varier le menu. en l’occurrence d’intéresser les jeunes à une activité passionnante qui les raccroche aux matières sans en avoir l’air ».

Plongeur lui-même, l’enseignant a fini par gagner à sa cause des collègues plutôt sceptiques au départ. Mais comme il était important de ne pas imposer l’exercice à tous les élèves, une option « culture et projets » a également été créée en parallèle. Les élèves qui ont choisi la plongée suivent les mêmes cours que les non-doubleurs, sauf pendant 4 heures, consacrées à l’initiation en piscine en présence de trois plongeurs expérimentés et à l’étude de matières comme bio, physique, maths, français ou néerlandais en lien avec la plongée. « Tout cela a un cout non négligeable, qui ne doit pourtant pas être un obstacle pour les élèves intéressés, précise E. Mayenez. L’école apporte son aide, via le comité des fêtes notamment, et bénéficie du soutien de la Fondation Roi Baudouin et de divers sponsors. À la fin de chaque année scolaire, une réunion d’évaluation nous permet de faire le point avec les parents. Nous observons une légère augmentation du nombre d’élèves qui réussissent leur année, mais il est évidemment difficile de savoir si c’est grâce à la plongée. L’initiative fera de toute façon l’objet d’une évaluation approfondie fin juin 2010. Ce qui est sûr, c’est le changement remarqué par les parents, qui soulignent la réussite complète de l’expérience en termes d’amélioration de l’image de soi et d’accroche à l’école. Les jeunes sont plus mûrs et se prennent en charge de manière plus responsable. Le fait de devoir suivre rigoureusement les consignes de sécurité les aide à se structurer, en classe également. Les parents ayant souhaité que nous continuions à les motiver par la plongée dans la suite de leur cursus, nous avons mis en place une structure d’accompagnement en-dehors de l’horaire scolaire pour les ex-participants au projet. L’idée d’un tutorat des jeunes plongeurs par leurs ainés pourrait aussi venir compléter le dispositif ».

Tentés par l’expérience ? Jetez-vous à l’eau !

Marie-Noëlle Lovenfosse

(1) Gestion Collective de Projets Pluridisciplinaires