« L’Uni-forme.... pour une uni-té ». Le Cardan Octobre 2015

L’Uni-forme…. pour une uni-té

dans « Le Cardan », octobre 2015

Au départ, au Lycée, il y a eu tâtonnements et concertations. Gris, blanc, bleu, … Se mettre d’accord et savoir pourquoi a pris du temps. Très vite, le code couleurs bleu et blanc – a pris tout son sens et s’est ancré dans les valeurs de l’école. Sœur Simone, notre fondatrice, avait finalement opté pour le bleu parce qu’elle l’associait à la profondeur et à la maturité. Ces valeurs sont à mettre en lien avec l’excellence, une de nos valeurs, au sens de se dépasser, de surmonter ses difficultés, d’être « au-dessus de soi-même ».
De manière plus pragmatique, c’est porter le même code couleurs que les générations qui nous ont précédés et cela inscrit chaque jeune dans la tradition.
Ne soyons pas naïfs ; tous nos jeunes ne vivent pas au quotidien cette fierté de s’inscrire dans la tradition. D’aucuns trouvent plutôt ce code couleurs très coercitif et considèrent qu’ils devraient avoir la liberté d’affirmer leur identité au travers de leurs vêtements. Ce règlement qui vient s’ajouter aux autres est parfois difficile à accepter pour les jeunes en pleine adolescence et qui se cherchent. L’école doit-elle être ce témoin des recherches identitaires des jeunes ou doit-elle au contraire recentrer l’attention sur son rôle premier ? Les détracteurs de l’uniforme affirmeront qu’un jeune qui n’est pas bien dans sa peau ne peut s’épanouir harmonieusement. Peut-être….L’uniforme peut donner l’impression d’un cadre rigide ou être considéré comme un gage de sérieux. Si faire porter un uniforme veut faire croire qu’on est strict et rigide, on loupe le coche, on se leurre et on trompe les autres.
Admettons pourtant que l’uniforme, permettant d’être tous d’accord sur la tenue, force aussi la façon de se tenir.

Il faut se tourner vers nos anciens et les interroger, leur demander pourquoi ils se sentaient « d’Assumpta ». Avoir porté le code couleurs de l’école, c’était porter l’image et la réputation de l’école extra muros, c’était dire « Je suis d’Assumpta ». Leur fierté vient de là. Et, en discutant avec eux et les poussant à la réflexion, ils peuvent en dire bien plus encore.

Eh bien, pour nos jeunes, respecter un uniforme est finalement très rassurant. Chacun sait qu’il fait partie du groupe puisqu’il en respecte la même norme. Il n’y a pas de place pour d’appréciation ou l’interprétation : la règle est connue de tous, et appliquée pour et par chacun. Au travers de l’uniformité de la couleur, il y a l’unité et la cohésion du groupe.

Mais Assumpta ne se résume pas au bleu et blanc… et ce signe distinctif n’est pas suffisant pour établir un sentiment d’appartenance. Si l’appartenance devait se résumer à cela, ce serait un fil bien trop ténu. Ce serait comme résumer un Chrétien à la croix qu’il porte. C’est donc un signe de reconnaissance qui vient se greffer sur d’autres valeurs et qui tissent l’appartenance : les relations entre les personnes, les messages prônés par les membres de l’équipe éducative, les finalités des projets pédagogique et éducatif du Lycée.
L’uniforme, c’est le signe extérieur de ce qui se vit à l’intérieur.

Respecter un code couleurs inculque aux jeunes des valeurs de rigueur et d’autodiscipline. Pas d’affect ; il n’y a ni jugement, ni critique, cela n’implique ni la personne, ni son caractère, ni ses comportements. Respecter un code couleurs est une manière simple et efficace d’apprendre à suivre des règles et à avoir suffisamment d’esprit critique pour vérifier l’adéquation ou non avec ce qui est demandé.

Imposer un code couleurs a également une valeur formatrice : le jeune apprend que chaque code social impose une tenue vestimentaire différente. L’élève fait donc l’expérience du choix de sa tenue en fonction de l’activité, des gens qu’il va rencontrer et de l’action qu’il va poser.
L’élève apprend ainsi qu’à chaque activité correspond son code vestimentaire.
Inestimable apprentissage pour l’adulte qu’il sera demain, prêt à s’adapter aux circonstances de la vie.

Avec l’uniforme glissent les notions abstraites de sobriété, de classicisme, de discrétion, de neutralité et de simplicité. L’uniforme se situe en dehors du temps, de la mode et des loisirs. Il assure une forme de permanence et freine le jeune soumis aux diktats de la mode et aux envies de consommer à tout prix. Ou du moins s’il n’y parvient pas, il montre un autre possible où la marque et le style ne sont pas forcément les premières choses que l’on voit. Il faut que le jeune se distingue autrement. N’allons pas jusqu’à dire que l’uniforme brosse les inégalités sociales … Force est pourtant de constater qu’il les lisse et les rend moins visibles.
L’uniforme facilite la vie ; pas d’errance intérieure le matin avant de s’habiller… l’élève est libéré du choix cornélien de sa tenue quotidienne !!
Du coup, tout le monde peut se concentrer sur l’essentiel. Comme personne ne vient pour faire son show ou se montrer, personne non plus ne doit être davantage regardé, envié ou jalousé ; place donc aux apprentissages, sans distractions.

Au Lycée, ce code couleurs prend tout son sens ; il permet l’accueil de chacun tel qu’il est, vêtu de même qu’un autre, dans la même couleur et avec le même code. Chacun est donc regardé pour lui seul, comme faisant partie du groupe.
Unité, unicité et uniformité sont toutes les trois intimement liées.

Béatrice Vranckx,
Sous-directrice du Lycée Maria Assumpta