L’écoute écoute l’écoute

Écoutes croisées au Lycée Maria Assumpta…

 Genèse …

De retour de la journée des relais au Vicariat, trois membres de mon équipe se sont lancés dans ce projet un peu fou : mobiliser le Lycée autour d’un temps pour écouter ! Plusieurs professeurs ont rejoint l’équipe pour « une association momentanée autour d’un projet commun ».

Il nous paraissait évident à ce moment d’en faire un temps d’année afin de mettre chacune et chacun en projet. Une veillée de Noël en soirée ouverte à tous les membres assumptasiens fut imaginée autour de l’écoute.
Ce soir-là, 18 décembre, professeurs et élèves présents sont repartis avec un signet porteur d’un vœu, tiré au sort, invitant à une écoute plus ouverte et différente pour 2009.

Portée par cette veillée, l’équipe s’est mise à préparer dès janvier cette journée axée autour de l’écoute.

La 1re réunion fut l’occasion d’un brainstorming où toutes les idées parfois très ambitieuses ont été proposées. Très vite, l’équipe s’est mise d’accord sur trois objectifs : d’abord faire en sorte que chaque classe puisse vivre un moment de la journée centrée sur l’écoute ; veiller ensuite à ce que toutes les classes soit mobilisées et prises en charge, laisser enfin, pour tous, une trace visible des activités vécues lors de ces moments de classe. Décision fut prise aussi de postposer d’une semaine, la journée initialement prévue le mardi après le congé.

Lors de la 2e réunion, la journée fut organisée. Une troisième réunion a suffi pour envisager tous les aspects matériels, informer les professeurs et les élèves, répartir chez chaque membre de l’équipe rôles et missions pour cette journée du 10 mars. Efficacité remarquable !

 Un temps pour écouter …

Mardi 10 mars, 8 h 25. Le directeur profite du moment d’intériorité hebdomadaire pour lire, à tous les élèves rassemblés dans la cour, un texte sur l’écoute, invitation à mieux entendre Dieu.

La montée des rangs se fait plus que jamais dans le silence. Dans les couloirs, des fils ont été tendus : y sont accrochées des citations sur l’écoute ! Au studio des profs, un grand tableau rappelle la classe que chaque enseignant s’est engagé à animer volontairement. Du matériel a aussi été disposé afin de faciliter des animations qui seront proposées un moment de cette journée dans toutes les classes : chansons, textes, travail avec des magazines, jeux, …

Dans les classes, les questions fusent : qu’est-ce que l’écoute ? Comment doit-on écouter ? Qui peut écouter ? Peut-on tout dire ? Peut-on tout écouter ? Qu’est ce qu’une écoute active ?

La voie de l’écoute, chemin difficile car écouter c’est d’abord se taire, faire silence pour mieux écouter l’autre, ce qu’il dit, mais aussi ce qu’il ne dit pas avec des mots… La journée est bien lancée ! Le thème est porteur, les élèves et les enseignants mobilisés.

L’équipe organisatrice a tout prévu : chaque classe a reçu une feuille A3 de couleur différente en fonction de l’année et du degré avec pour mission d’illustrer librement le résultat du travail collectif réalisé dans chaque classe. Un énorme patchwork se construit au fur et à mesure de la journée et embellit le hall d’entrée du Lycée. Entre acrostiches écrits par des élèves de 3e, des conseils sur l’écoute donnés par des élèves de 6e ou de 1re, des slogans imaginés par des classes de 4e, des extraits de chansons, un recueil de citations, une charte de classe où l’écoute est mise en avant, un pêle-mêle illustré de dizaines d’oreilles nous invite encore à l’écoute !

 Fin de journée …

L’objectif est atteint ! La joie se lit dans les regards de l’équipe organisatrice. Pari fou vraiment, mais défi palpitant et tellement essentiel dans ce monde d’aujourd’hui : l’écoute écoute l’écoute ! A leur- manière, élèves, professeurs, éducateurs ont pu le mesurer.

Chacune et chacun peut repartir maintenant habité et différent : comme l’a joliment écrit Christian Bobin « Ce qui est dit n’est jamais entendu tel que c’est dit. Une fois que l’on est persuadé de cela, on peut aller en paix dans la parole. Sans plus de souci d’être bien ou mal entendu, sans plus d’autre souci que de tenir sa parole au plus près de sa vie ».

Luc Zomers, directeur du Lycée Maria Assumpta.

 « Un temps pour écouter » au Lycée Maria Assumpta

Ce mardi 10 mars, en arrivant au Lycée, j’ai une petite boule dans le ventre (la routine est rompue, je ne vais pas donner mon cours d’anglais traditionnel) et une immense curiosité concernant ce qui va se vivre dans mes deux classes de rhétos où j’ai choisi d’animer « un temps pour écouter » : les élèves vont-ils adhérer à l’activité ? allons-nous vivre quelque chose de vrai ? Petit suspense, mais au fond de moi, j’y crois déjà, je crois en eux.

Ce sont deux classes où j’aime entrer, les élèves m’accueillent positivement et ont déjà reculé les bancs et formé un grand cercle avec les chaises : « Que va-t-on faire, Madame ? » Tout doux, me dis-je, qu’allez-vous faire ?, n’attendez pas trop de moi, c’est vous qui allez animer ce moment…

Nous démarrons avec la lecture du texte « Essayons de se comprendre » et enchaînons directement avec un moment de repli sur soi, de réflexion, de recueillement sur un fond de musique « Pensées positives et bruits de la nature – du monde marin ».

Les élèves entrent dans ce moment à deux pieds : personne ne chuchote, ce moment d’arrêt dans leur journée, cette pause imposée, ils semblent la savourer… On a éteint les lumières, fermé quelques tentures pour rendre l’ambiance plus intime… Je lance quelques pistes : l’écoute a-t-elle une place dans ma vie ? quand est-ce que je ne me sens pas / suis pas senti écouté ? le silence me fait-il du bien ? qu’est-ce qu’écouter pour moi… Certains élèves pensent, d’autres couchent leurs idées sur papier.

Ensuite, je propose une seconde lecture : « Retrouver le sens et le goût du silence » de Guy Gilbert. Les élèves choisissent eux-mêmes de réagir au texte, ils échangent leurs idées, … L’ambiance de sérénité a envahi le moment. Ils s’écoutent, ne s’interrompent pas, parlent à voix basse… Je ressens un immense respect pour l’autre, une vraie écoute… Ils me diront ultérieurement comme s’arrêter une heure parmi huit heures de cours pour s’écouter et faire silence leur a fait du bien, à trois mois de leur départ du lycée… Le moment fut chargé d’émotions pour certains.

Nous repassons à un moment de silence sur musique et les élèves réfléchissent à ce qu’ils voudraient encore dire à la classe. Certains ferment les yeux, d’autres ne cessent d’écrire…

Dernier échange d’idées… toujours très calmement… Dommage que la sonnerie retentisse déjà, deux fois cinquante minutes auraient été plus appropriées… Les élèves baillent, s’étirent, sourient… comme revenus d’ailleurs…

En tant qu’animatrice, comme je m’y attendais, je n’ai pas dû beaucoup animer, ni intervenir… Les élèves ont rendu eux-mêmes le moment intense et ont plus vécu entre eux en tant que groupe-classe qu’avec moi. C’était agréable, ils se parlaient, ils ne me parlaient pas. Ils se disaient des valeurs, des constatations, des observations, des expériences… Voici quelques paroles ou questionnements d’élèves lors de ce temps pour écouter : - « Le silence est-il embarrassant ? » - « Comme il est précieux de savourer la présence de l’autre en silence… » - « Ecouter la nature, le matin au réveil, le plus beau moment de la journée » - « Ecouter la montre. Quand toute la classe est unie dans le silence, tous n’entendent plus que la montre, le tic-tac de l’horloge au mur, alors, ils se sentent bien, calmes et savourent ce moment « d’être ensemble ». - « On s’enferme parfois dans un silence qui fait tant de bien » - « Trop parler, c’est la peur du silence » - « Observer en silence, tu peux vraiment voir qui est l’autre quand il se tait » - « Pas besoin de parler pour s’exprimer » - « Ecouter le rien, j’aime cela » - « Ecouter, c’est d’abord savoir se taire » - « L’écoute est la découverte de l’humilité » - « Pas de silence, pas de paix intérieure » - « Au lieu de juste entendre l’autre, prends le temps de l’écouter »

Enfin, on réfléchit à mettre sur papier ce qu’on aimerait retenir de ce moment, on l’inscrit sur une feuille de couleur qui ira s’ajouter aux affiches des autres classes.

Opération réussie, objectif plus qu’atteint : les élèves se sont écoutés… Ils me disent merci ; moi aussi je les remercie pour ce vrai moment.

Catherine Hugé, professeur d’anglais-néerlandais au Lycée Maria Assumpta.